page biblique de décembre 2019

Noël

Céline Sauvage

Malgré la nuit qui nous entoure, très tôt le soir, des lumières brillent dans nos villes, dans nos maisons, des étoiles, des anges s’illuminent, même dans notre pays sécularisé, où la religion est reléguée aux grands moments de la vie ou bien absente de certaines existences par choix. Et pourtant, beaucoup aiment encore ce temps de Noël par la douceur qu’il véhicule, par les films pleins d’amour qui sont diffusés étrangement en plus grand nombre à cette période de l’année. Jésus et sa naissance passent bien souvent après le père Noël, et en même temps, cette époque de l’année est empreinte de douceur, de lumière, d’amour et même parfois l’occasion de pardon lors de repas en famille.

Nous pourrions penser que c’est dû à l’ambiance créée par ces artifices que sont les guirlandes, les boules de Noël, les bougies… mais j’ose croire que ce reste d’amour vient de la bonne nouvelle anciennement annoncée : Jésus est né. Ce prophète, ce messie qui lui-même n’aura cessé de vivre et de parler de cet amour. C’est pourquoi je voulais partager avec vous ces versets de l’Évangile de Matthieu situés après les béatitudes, ces versets que l’on voudrait oublier car ils sont si durs à appliquer : Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil et dent pour dent. Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. […] Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Et moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes.

La loi du talion était un progrès déjà pour l’époque, elle demande l’équivalence entre le préjudice et la réparation, elle invitait à ne pas surenchérir à l’attaque, à ne pas tomber dans un sentiment de vengeance. Mais Jésus va plus loin : il nous demande de ne pas succomber à la violence, à ces pulsions en nous qui nous gouvernent quand nous sommes attaqués. Jésus nous demande de chercher une autre solution que celle de notre mécanisme humain : je suis attaqué, je réponds sur le même registre. L’énergie de colère sera toujours présente en nous, mais nous pouvons lui donner une autre direction, la réinvestir ailleurs. Chercher en nous les ressources pour répondre autrement et espérer que cette autre réponse interroge l’agresseur, le bouscule dans sa violence ou pas… Nous aimerions attendre de voir l’autre changer, mais parfois cela ne sera pas possible, car ce n’est pas entre nos mains, c’est dans ses mains à lui et dans celles de Dieu. La philosophe Simone Veil proposait même ceci : Si quelqu’un me fait du mal, si ce mal nous abaisse, désirer que ce mal ne nous dégrade pas, par amour pour celui qui me l’inflige, afin qu’il n’ait pas vraiment fait du mal. Elle rejoint ainsi le deuxième commandement de Jésus : aime ton prochain comme toi-même.

Nous pourrions attendre de Jésus qu’il nous demande de pardonner à l’autre, pourtant il dit bien : aime ton ennemi et prie pour lui. Lui-même sur la croix ne pardonne pas directement à ses agresseurs mais demande à Dieu de leur pardonner leurs actes. Le pardon est un long chemin, qui ne peut être décrété comme automatique sous le prétexte que nous serions chrétiens.

Mais prier pour ses ennemis nous met sur le chemin de l’amour envers eux, nous les rend plus proche, nous permet de rester sur cette option de la non-violence, de ne pas nous laisser entraîner par la colère ou la rancœur. Alors, en ce temps de Noël, pourquoi ne pas témoigner autour de nous de l’amour de Dieu en vivant ce temps de prière pour nos ennemis, en étant sur ce chemin d’amour, et nous brillerons alors peut-être encore plus fort que les guirlandes de nos rues !