page biblique à paraître en octobre

La mission !

Francis Muller, président du Conseil presbytéral de Mulhouse

Le SEIGNEUR dit à Moïse : Rassemble-moi soixante-dix des anciens d’Israël, des hommes dont tu sais qu’ils sont des anciens et des scribes du peuple. Tu les amèneras à la tente de la rencontre ; ils s’y présenteront avec toi.

[…] Moïse sortit de la tente et rapporta au peuple les paroles du SEIGNEUR ; il rassembla soixante-dix des anciens du peuple qu’il plaça autour de la tente.

Le SEIGNEUR descendit dans la nuée et lui parla ; il préleva un peu de l’esprit qui était en Moïse pour le donner aux soixante-dix anciens. Dès que l’esprit se posa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais ils ne continuèrent pas.

Deux hommes étaient restés dans le camp ; ils s’appelaient l’un Eldad, l’autre Médad ; l’esprit se posa sur eux – ils étaient en effet sur la liste, mais ils n’étaient pas sortis pour aller à la tente – et ils prophétisèrent dans le camp.

Un garçon courut avertir Moïse : Eldad et Médad sont en train de prophétiser dans le camp !

Josué, fils de Noun, qui était l’auxiliaire de Moïse depuis sa jeunesse, intervint : Moïse, mon seigneur, arrête-les !

Moïse répliqua : Serais-tu jaloux pour moi ? Si seulement tout le peuple du SEIGNEUR devenait un peuple de prophètes sur qui le SEIGNEUR aurait mis son esprit !

Moïse se retira dans le camp ainsi que les anciens d’Israël.

Nombres 11, versets 16+24-29

Quel est le sens de la mission aujourd’hui ? Pour y répondre, j’ai choisi ce texte qui peut sembler bien loin de tout ce qui se vit dans nos paroisses, dans nos villes et villages.

Quel texte a-t-il été choisir pour un thème sur la mission ? Ce texte symbolise bien pour moi ce que peut être la mission de nos Églises aujourd’hui.

Israël est dans le désert, sous la conduite de Moïse, à la veille d’envoyer 12 explorateurs dans le pays de Canaan. Une crise éclate : le peuple réclame de la viande. Il va falloir, pour Moïse, gérer cette turbulence de la relation entre le peuple et son Dieu. Moïse est très affecté par cette contestation. On pourrait dire familièrement : Il en a marre ! A tel point qu’il réclame à Dieu la mort. Ce peuple, dont il disait souvent faire partie, est devenu maintenant trop pesant.

Il rejette la paternité de ce peuple et rappelle à Dieu que ce n’est pas lui, Moïse, qui l’a créé.

Ce qui est merveilleux dans ce texte et son contexte c’est que Dieu entend tout le monde et donne un rendez vous à Moïse, il ordonne une rencontre à la Tente du même nom avec soixante-dix anciens d’Israël, pour les élever en dignité et en inspiration et qu’ils soulagent Moïse dans sa tâche.

C’est alors que se produit un incident qui va nous intéresser.

Deux anciens restent au camp, et au moment où l’Esprit de Dieu vient reposer sur les soixante-dix pour les faire prophétiser, il vient aussi sur les deux dissidents et les fait également prophétiser. Et c’est là ce qui provoque le scandale. Un jeune homme et Josué semblent choqués par ce qui arrive, au point que Josué va jusqu’à dire à Moïse « KeLaEM », ce que nous traduisons dans nos Bibles pudiquement par : fais-les cesser, arrête-les, mais on peut très bien le traduire par : emprisonne-les !

Qui sont ces deux anciens qui ne viennent pas à la Tente de la rencontre ou du rendez-vous ?

Ils s’appellent Eldad et Meidad. Tout de suite, on entend dans leur nom, par la similitude de sonorité, le caractère complémentaire de ces deux personnages.

Le mot Dad, que l’on retrouve dans les deux noms, signifie : sein (poitrine) d’où l’on reçoit la première nourriture. Ce peuple qui réclame de la viande, qui se croit adulte et capable de manger toute cette viande, semble selon Dieu ne pouvoir n’être nourri qu’au sein.

Oui mais lequel ?

Les prépositions El et Med dans les noms des deux anciens signifient le rapprochement « El » et l’éloignement « Med » par rapport à un même objet. Où se trouve donc le sein de Dieu ?

A la Tente de la rencontre ou bien dans le camp ? Dans le camp de Dieu ou dans le camp d’Israël ?

Où Dieu est-il vraiment présent ? Où veut-il manifester sa présence ? c’est la question que pose le nom de ceux deux anciens.

Pour moi, la réponse se présente en deux temps.

Dieu est présent auprès des soixante-dix et de Moïse pour un temps donné, pour le temps d’un rendez-vous, car les soixante-dix commencèrent à parler comme des prophètes mais ne continuèrent pas dit le texte. En même temps, ailleurs dans le camp, au milieu des hommes, deux dissidents, deux atypiques, prophétisent aussi, mais sans s’arrêter.

Dieu rejoint le camp des hommes, comme vont le faire Moïse et les soixante-dix anciens par la suite.

Je vois dans cette dissidence, ces prophètes dans le camp, une image de la mission de l’Église, lieu de la présence de Dieu au milieu des hommes, dans le camp humain.

La mission de l’Église est d’être une voix de Dieu au milieu du camp humain. Elle doit agir avec et pour tous ceux qui vivent les joies et les malheurs de l’existence, elle doit lutter pour la justice, comme l’on fait les prophètes, elle doit rappeler à tous que Dieu vient à la rencontre des hommes dans leur vie de tous les jours.

Le nom complémentaire de ces deux anciens donne lui même une réponse à la question de la présence de Dieu : La présence de Dieu ne peut être gardée dans un tabernacle, dans un lieu défini par les hommes, Dieu va toujours au-delà !

Des questions se posent, au sein de l’Église, sur la façon de vivre l’Évangile : faut-il prophétiser (annoncer l’Évangile) au milieu d’un peuple qui réclame de la viande ? Ou faut-il lui donner sa viande et prophétiser entre soi, parmi une élite, dans un lieu saint ?

Quel est le projet de Dieu ? Que tout le camp vienne au tabernacle ? Ou que le tabernacle vienne au camp, ou que le camp devienne tabernacle, un peuple de prophètes ?

Ces deux camps jumeaux dansent ensemble (Eldad et Meidad) : ils tournent l’un autour de l’autre. Chacun est en mouvement pour faire bouger l’autre. Ce n’est pas seulement Israël qui doit suivre Dieu dans ses mouvements, mais Dieu lui-même se déclare solidaire du peuple dans ses mouvements.

C’est le dessein de l’Église : amener Dieu et l’humain à se rencontrer, à aller l’un vers l’autre, à devenir solidaire l’un de l’autre.

Ah ! si seulement tout le peuple du SEIGNEUR était composé de prophètes, si le SEIGNEUR mettait son souffle (Esprit) sur eux !