Page biblique avril 2018

La paix soit avec vous !

>>> MARIANNE PRIGENT

La paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. (Jean 20,21)

C’est ainsi que Jésus s’adresse à ses disciples lors de l’une de ses premières apparitions après la résurrection. C’est ce verset qui nous est proposé comme mot d’ordre pour nous accompagner en ce mois d’avril, en ce temps de Pâques.

La paix soit avec vous ! Les premières communautés chrétiennes ont retenu cette salutation pour ouvrir leurs assemblées dominicales. Et n’est ce pas cette même parole que nous retrouvons dans la salutation hébraïque Shalom aleichem ou arabe Salam aleikoum ?

Cette paix, Jésus la promet déjà à ses disciples avant sa mort comme un testament : Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. (Jean 14,27). La paix en héritage. Et nous chrétiens, à la suite des disciples nous sommes les bénéficiaires de cet héritage. La salutation du Ressuscité sonne alors comme un rappel.

Ceci dit le mot paix porte en lui tant d’espoirs et tant de rêves ! Nous rêvons tous d’une paix qui ne serait pas celle du plus fort, ni celle qui repose sur un compromis, mais d’une paix qui donnerait naissance à un monde où tous les hommes seraient frères, un monde sans conflits. Toutefois la paix donnée par le Christ signifie-t-elle l’absence de conflits ? Jésus n’a jamais dit : N’ayez pas d’ennemis ! mais il a dit : Aimez vos ennemis !

Il est incontestable que pour être en paix avec les autres, il faut d’abord être en paix avec soi-même. Éprouver une sorte de paix intérieure. Il est vrai qu’aujourd’hui maintes techniques de respiration, de relaxation ayant trait au développement personnel nous promettent cet état de paix intérieure. Pourtant il me semble que la paix du Ressuscité se rapproche davantage de celle du petit enfant pour qui il est évident que tant qu’il est dans les bras de ses parents, il ne risque rien. Une paix de l’ordre de la confiance infinie. Se pourrait-il alors que cette même paix puisse être celle du patient sur son lit d’hôpital, lorsqu’il se sent démuni et à la merci du personnel soignant ? Ou celle du détenu en prison, lorsqu’il envisage son avenir ?

Une paix qui délivre de l’angoisse, des doutes et de la crainte. Une paix qui génère le pardon. Une paix qui soit de l’ordre de l’acceptation, du consentement et non de la résignation. Cette paix, j’ai eu la chance de la rencontrer, tout particulièrement dans mon ministère d’aumônier en milieu hospitalier, auprès de patients éprouvés par la maladie ou le grand âge, ou encore à l’approche de la mort. La paix du cœur, comme la qualifie Frère Roger de Taizé. Une paix au goût de joie, de simplicité et de miséricorde. Cette paix-là ne se fabrique pas, elle s’accueille dans la prière.

La paix soit avec vous ! Voilà que cette salutation nous engage. En effet, le Christ ressuscité ajoute : Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Le lien de communion intime qui existe entre le Père et le Fils nous est rappelé et nous met au bénéfice de cette même communion, de cette même intimité : nous voici envoyés en tant qu’enfants du Dieu de Jésus-Christ ! Comme artisans, comme ouvriers de paix. C’est notre vocation, notre responsabilité.

Car la paix entre les hommes n’est pas synonyme de repos ou de tranquillité. La paix demande un effort, d’où l’expression faire la paix. L’écrivain et prêtre Jean Debruynne écrit dans un de ses poèmes :

La paix est un travail, c’est une tâche.
Il faut faire la paix comme on fait du blé.
Il faut faire la paix comme il faut des années pour faire une rose,
et des siècles pour faire une vigne.
La paix n’existe pas à l’état sauvage.
Il n’y a de paix qu’à visage humain.

Cette paix aura donc notre visage, à chacune et chacun, là où nous sommes. Là où nous en sommes. Notre paix à nous, reflet de celle donnée par le Ressuscité .

Sa paix soit avec nous tous en ce temps de Pâques !